vie de famille

Argent de poche : pour ou contre ? Les conseils de Christian JUNOD

Argent de poche : pour ou contre ? Ce sujet me questionne depuis un petit moment.

Alors, aujourd’hui, sur le blog Un ado à la maison j’ai la chance de recevoir LE spécialiste de la relation à l’argent, Christian Junod.

Christian Junod est formateur, coach et conférencier sur le thème de la relation à l’argent.

Il est aussi l’auteur du livre « Ce que l’argent dit de vous » aux éditions Eyrolles.

Alors, pour ou contre l’argent de poche ?

Dans cette interview, Christian Junod nous donne des pistes pour accompagner nos ados vers une “juste” relation à l’argent.

Vous aussi, ça vous intéresse ? Alors bonne lecture !

UAALM : Bonjour Christian, je te remercie de m’accorder du temps pour partager ton expérience sur la relation à l’argent. Alors entrons dans le vif du sujet : comment permettre à nos ados d’avoir une “saine” relation à l’argent ?

Christian Junod : Je suis ravie de pouvoir partager mon expérience avec toi !
Alors, d’un point de vue général, plus les parents auront une relation à l’argent saine, ouverte, transparente, plus les ados auront un modèle de référence sur lequel s’appuyer. Il est vrai que c’est souvent un sujet dont on ne parle pas dans les foyers et chacun fait comme il peut avec ce qu’il a vu.

UAALM : une relation ouverte à l’argent ça veut dire quoi pour toi ?

Christian Junod : Les ados arrivent à un âge où on peut leur expliquer comment fonctionne un budget, la répartition des dépenses d’un ménage. Par exemple, nous avons des charges fixes (assurances, loyer..), des charges variables qui nous sont nécessaires (nourriture, vêtements…) et ensuite, avec ce qu’il reste, il y a la notion de loisir.

Et les loisirs c’est ce qui vient après ce qui est essentiel pour que la famille puisse vivre avec le minimum de base. Il est important d’expliquer que ce montant pour les loisirs n’est pas extensible et que derrière tout choix qu’on fait, il y a des conséquences. “Ok on veut de plus belles vacances : quelles dépensent doit-on diminuer ? quelles conséquences ce choix va-t-il avoir sur le budget familiale ?”.


Donc la chose à enseigner aux adolescents c’est que chaque choix amène des conséquences. Cela permet de faire des choix en connaissance de cause.
Je dis ça parce que souvent l’adolescence est une période de frustration. L’ado rejette un peu les contraintes, c’est une période un peu compliquée. Et au fond leur expliquer que ce n’est pas de la mauvaise volonté mais qu’on doit faire des choix. Alors parfois on peut les impliquer dans certains choix : “qu’est-ce que tu ferais à ma place ?”.
Expliquer tout cela à son ado me semble vraiment important.

UAALM : Penses-tu qu’il faille donner de l’argent de poche à nos ados ?

Christian Junod : Je pense qu’une relation se construit et dure dans la confiance. Et cela débute par leur faire confiance. Donc dans la mesure du possible c’est une bonne chose de leur donner de l’argent de poche pour qu’ils puissent apprendre à faire leurs expériences.
Je n’ai pas envie de dire “apprendre à gérer” parce que trop souvent les adultes aimeraient que les jeunes se comportent comme des adultes. Déjà que nombre d’adultes ne se comportent pas toujours de manière très responsable avec l’argent !

Donc les laisser faire leurs expériences. Et si un ado a envie de tout dépenser tout de suite il va apprendre les conséquences et devoir attendre un certain temps avant de recevoir de l’argent.

C’est important de ne pas être un sauveur en se disant “mon pauvre enfant va être frustré, il n’a plus d’argent, je vais vite lui faire une rallonge”. Ils doivent apprendre en faisant leurs expériences.


C’est important d’être plutôt dans l’échange que dans la moralité “ce n’est pas bien, tu as tout dépensé”. Allez voir les raisons pour lesquels il a tout dépensé : “est-ce que tu n’arrivais pas à te retenir ? ça te faisait tellement envie ? L’idée est de comprendre son fonctionnement plutôt que dire comment il doit faire. Parce qu’il n’y a pas une seule manière de faire et c’est important qu’ils apprennent par l’expérience.

Je vois parfois des parents qui veulent tellement que leur enfant fasse d’une certaine manière que le jour où l’enfant est libre et qu’il a son premier salaire, il fait du grand n’importe quoi parce qu’enfin il peut se lâcher ! Il n’a pas pu faire ses expériences avant donc il va les faire à ce moment là. Et certain vont se mettre dans des situations compliquées parce qu’ils n’auront pas vécu la frustration qu’il est inévitable de vivre de temps à autre.

UAALM : Faut-il donner de l’argent quand les ados font des tâches ménagères ou qu’ils ont de bonnes notes à l’école ?

Christian Junod : Pour moi il est important de différencier ce qui relève du bien être commun ( la répartition des tâches, ce que chacun fait pour le bien être du groupe : ce qui relève d’une contribution normale) de ce qui relève de l’exceptionnel. Dans l’exceptionnel les ados vont choisir de faire plus, de passer du temps pour faire une tâche particulière. Dans ce cas on peut les récompenser d’une manière ou d’une autre, avec de l’argent mais aussi en passant un moment de qualité avec eux.

UAALM : Que penses-tu d’un ado qui souhaite gagner un peu d’argent pour s’offrir un stage pendant les vacances ?

Christian Junod : Si la personne est prête à s’engager pour avoir quelque chose en retour, on est dans le donner/recevoir. C’est bien. L’idée c’est d’être créatif et de trouver une tâche un peu particulière à faire, qui sort de la routine du ménage, qui pourrait être récompensée de cette manière. J’y suis favorable parce qu’au fond c’est aussi un apprentissage pour l’enfant “j’ai envie d’avoir quelque chose et je m’en donne les moyens ”. Je trouve que c’est un bel apprentissage de la vie que d’apprendre à se donner les moyens. J’encourage vraiment à pouvoir le faire.

UAALM : Les ados sont parfois dans la comparaison avec leur paires (les marques de vêtements…) comment gérer ça ?

Christian Junod : Certains sont à fond dans la comparaison, d’autres non. Quand un ado veut acheter des marques, l’idée est de discuter. Les marques c’est comme avec l’argent, c’est une projection. Je projette que j’ai de la valeur parce que j’ai telle ou telle marque. Donc leur démontrer que leur valeur ne dépendra jamais de leurs habits. Leur valeur est intrinsèque, pour qui ils sont, plutôt que pour des choses extérieures. Le risque sinon est qu’il faudra toujours plus pour donner de la valeur (les vêtements, les bijoux, la voiture…). Il y a beaucoup de peurs derrière : la peur de ne plus être en appartenance, du rejet, de l’humiliation, etc… Donc les accompagner plutôt à “comment je peux vivre ça au mieux plutôt qu’entrer dans ce jeu ?”.

Ou alors expliquer qu’une paire de basket ça coûte ce prix là. Et s’il veut une autre paire de basket d’une certaine marque alors à lui de trouver et payer la différence. Nous pouvons l’expliquer à notre ado : “nous ne voulons pas entrer dans ce jeu là mais nous ne voulons pas te le refuser alors c’est à toi de mettre la différence de prix”.
Donc on les responsabilise face à leur choix en échangeant avec eux sans les moraliser. Il est nécessaire de montrer la différence entre l’utilité et la valorisation qu’il fait de l’objet en question.

UAALM : Comment réagir si mon ado dépense tout son argent de poche d’une manière que je ne trouve pas adéquate ?

Christian Junod : Pour moi quand je donne quelque chose à quelqu’un ça ne m’appartient plus. Donc si je donne de l’argent et que je veux en contrôler l’utilisation quelque part c’est comme si ça m’appartenait encore. C’est différent bien sûr si l’ado achète quelque chose qui le met en danger comme de la drogue par exemple. Là ce n’est pas ok. Mais s’ils achètent des bonbons ou autre chose et bien ça fait parti du jeu.

Plus on va contre, plus on crée de la résistance et l’ado va le faire en cachette. Il est donc préférable de privilégier la discussion. Essayer de comprendre le comportement et de partager son point de vue plutôt que vouloir interdire.

Ca peut être juste un sujet de discussion : “ « J’aimerais que tu m’expliques comment ça se fait que dès que tu reçois de l’argent, tu le dépenses ? » ou « Qu’est-ce qui fait que tu es attiré par cela (bonbons ou autres) pour dépenser ton argent ? Ils n’auront peut-être pas la réponse sur le moment. Parlez-leur de vos propres comportements avec l’argent et ceux des proches (y compris quand vous étiez jeune) pour favoriser le dialogue.

Un enfant qui ne dépense rien m’interpelle tout autant. Ca peut paraître raisonnable d’être économe et en même temps ça parle de s’autoriser à se faire plaisir (ou de peur en fonction de leur représentation de l’argent). Il y a beaucoup d’adultes qui n’arrivent pas à se faire plaisir avec l’argent. L’argent n’est dépensé que pour les autres ou les choses utiles (même quand il y en a bien assez)

L’idée est que ce soit juste un sujet de discussion comme un autre.

UAALM : L’argent de poche est-il uniquement de l’argent “plaisir” ou peut-il servir à financer des choses utiles (repas, vêtements etc…) pour commencer à les responsabiliser ?

Christian Junod : En général on commence par l’argent de poche plaisir. Ca commence assez tôt, vers 8 ans – 12 ans. A cet âge, ils ne sont pas toujours en mesure de gérer un budget “vêtements”. Après, dès le moment où il y a de la confiance qui s’installe, on peut leur laisser un peu plus d’argent à disposition.

Je me souviens, l’un de mes fils préférait acheter moins et privilégier les marques. Il a finalement changé d’avis par lui même, sans qu’on n’ait rien besoin de dire. On l’a laissé faire et il s’est bien rendu compte qu’il pouvait avoir deux vêtements pour le prix d’un vêtement de marque.

Pour les repas attention tout de même que le jeune ne fasse pas d’économie sur le repas pour avoir plus d’argent au détriment de la qualité de la nourriture.

UAALM : Quel serait le message à transmettre à nos ados au sujet de l’argent ?

Christian Junod : Ca pourrait être de partager l’idée que l’argent peut profiter à d’autres. Nous pouvons discuter et identifier une cause que nous aimerions soutenir. C’est chouette de pouvoir impliquer les jeunes dans des causes à soutenir. On reçoit parfois des rapports qui permettent de leur montrer à quoi notre argent a contribué. Là on montre que l’argent ce n’est pas juste pour se faire plaisir. C’est aussi un moyen d’apporter quelque chose de plus dans la vie d’autres personnes qui en ont plus besoin que nous. C’est un chouette message à faire passer et une belle expérience à vivre ensemble.

Parfois, face à la difficulté ou à la douleur de devoir dire non, un parent peut avoir un comportement un peu agressif. Et il peut arriver que le parent culpabilise son enfant “tu ne trouves pas que j’en fais déjà assez pour toi” ou « Tu crois quoi, l’argent ne pousse pas sur les arbres ». Résultat : l’enfant n’ose plus demander et je les vois ensuite adulte qui n’osent toujours pas demander à l’extérieur, traumatisés par cette expérience. Ils ont ancré un message “je n’y ai pas droit” ou « je dois me débrouiller tout seul ».

Dans ce cas, on peut expliquer “tu sais j’aimerais bien pouvoir t’offrir plus” et partager notre réalité financière. Et ajouter “tu sais j’aimerais bien que tu continues à me demander quand tu as besoin ou envie de quelque chose. Parce que là aujourd’hui ce n’est pas possible, c’est compliqué mais c’est important que tu oses me demander”.

Les jeunes sentent les peurs. La peur de manquer par exemple c’est comme si le jeune avait pris la peur du parent. Il la porte lui-même et un fois adulte il l’a porte encore sans savoir d’où elle vient. Donc quand on parle argent avec nos enfants, c’est important de ne pas en parler quand on a des moments de peurs. On risque en effet d’en parler d’une manière différente (nos mots mais aussi notre langage non verbal) que si on est plus tranquille.

 

UAALM : Dans une fratrie, il est difficile d’être équitable. Nos enfants n’ont pas tous les mêmes besoin en même temps, comment faire ?

Christian Junod : L’équité se manifeste de plusieurs manières. Ca peut autant être du temps passé avec un enfant, que de l’argent dépensé. On peut être focalisé sur un enfant car il a une activité sportive ou artistique prenante, ou parce qu’il a des problèmes de santé ou à l’école. Ce genre de situation peut générer une perception d’inéquité pour les autres.

La recherche d’équité comme un absolu est un leurre. Un enfant fera des études plus longues et plus coûteuse qu’un autre. Un autre va se marier et on va financer le mariage. Ou encore un enfant restera plus longtemps à ma maison. Il y a d’innombrables raisons de ressentir de l’inéquité si on veut en trouver. Donc c’est vraiment la qualité de la relation qui est importante. A partir du moment où elle est bonne, il y aura une possibilité de se parler et d’échanger sur les malaises potentiels des uns et des autres.

C’est important d’être transparent parce que les enfants parlent entre eux. Le plus important est qu’ils sachent qu’ils pourront compter sur nous pour les écouter, rechercher des solutions, s’ils ont besoin de soutien. Finalement, plus il y a une bonne qualité de relation, de l’amour moins ils vont chercher la petite bête. A l’inverse, plus il y a de frustrations, de mal être, plus il y a une impression que les choses ne sont pas justes.

UAALM : Finalement au delà de la relation à l’argent ce qui est important c’est la qualité de la relation avec nos ados.

Christian Junod : oui c’est cette qualité de relation qui est essentielle. Elle permettra de garder le contact, d’échanger, d’avoir des discussions ouvertes quoiqu’il arrive.

UAALM : Je te remercie Christian pour tes précieux conseils et la qualité de notre échange.

Christian Junod : Je te remercie pour ton invitation, ce fut un plaisir de partager avec toi.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’activité de Christian je vous invite à visiter son site internet ​https://www.cjunodconseil.com/​.
Je vous invite également à lire son livre “Ce que l’argent dit de vous”, aux Editions Eyrolles, pour comprendre votre relation à l’argent.

Vous serez peut être intéressé par l’article : Mon ado et les écrans : comment trouver le juste équilibre ?

Et si vous voulez en savoir plus sur mes accompagnements, n’hésitez pas à vous rendre sur mon site professionnel www.stephaniezanchetta.com

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2 commentaires

  • Sylvie

    Très intéressante cette interview, comme quoi le dialogue est avant tout primordial ! Je m’interroge depuis quelques temps sur le sujet car j’ai des parents autour de moi qui monnayent le lit fait, la table débarrassée etc. et c’est vraiment un système dans lequel je ne me reconnais pas. Et cette interview me conforte dans cette impression. Pour le moment, je ne donne pas d’argent de poche mais, si un de mes enfants a vraiment une envie particulière, je leur demande déjà d’attendre une semaine pour voir si cette envie dure, puis on peut envisager de prendre sur leur compte la somme qui correspond à leur envie. Bon je veille à rester sur du modéré dans tous les cas, ils sont encore jeunes, à 7 et 9 ans, les envies n’excèdent que rarement la 10aine d’euros lol
    Mais je note ces précieux conseils pour plus tard, merci Stéphanie et Christian 😉

    • Stéphanie

      Merci Sylvie pour ton partage. J’ai commencé à donner de l’argent de poche ce mois-ci à ma fille qui a eu 13 ans au mois de septembre. J’en ai parlé aux enfants en leur demandant ce qu’ils pensaient si à partir de 13 ans chaque mois, on leur donnait 10€ d’argent de poche… Ils étaient tous d’accord, tu pensent bien ! C’est marrant de voir comment dés le plus jeune âge ils dépensent différemment. Mon fils, bientôt 8 ans, aime dépenser pour se faire plaisir ou pour faire plaisir à ses sœurs en leur offrant un cadeau à leurs anniversaires. Les filles, elles, sont plus économes. Depuis l’interview de Christian je suis plus dans le questionnement que dans le jugement de leur comportement.

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