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Et vous, comment faîtes-vous avec vos ados ? #5 L’interview de Marie

Aujourd’hui, je vous invite à découvrir l’interview de Marie.

Marie a 43 ans, elle est la maman de Laura 15 ans ½  en seconde et de Noé 12 ans 1/2 en 5ème. Marie est divorcée du papa de ses enfants.

Dans cette interview il est question du quotidien d’une maman solo avec deux ados.

Et notamment, vous découvrirez comment Marie a réussi à trouver un équilibre avec ses deux ados, comment elle appréhende leur scolarité et gère l’utilisation des écrans. Enfin, vous découvrirez que, parfois, adolescence rime avec maîtrise de ses émotions !

ET VOUS COMMENT FAITES-VOUS AVEC VOS ADOS ?


UAALM : Bonjour Marie, merci de m’accorder cette interview ! Raconte nous, comment se passe le quotidien avec tes ados.

MARIE : Ça se passe très bien même si je considère que Noé est plutôt pré ado par rapport à sa sœur.

UAALM : As-tu vu une différence entre le passage à l’adolescence de ta fille et le passage à l’adolescence de ton fils ? En clair, ta fille a-t-elle eu un “comportement d’ado” plus rapidement que ton fils ?

MARIE : Ils n’ont pas du tout le même caractère.

Laura a peut être été mature plus rapidement.

D’une manière générale, elle est plus tournée vers l’extérieur. Elle se pose plus de questions, elle réfléchit plus aux interactions. Donc, elle grandit peut être plus vite.

Noé a l’air toujours plus centré sur lui.

Ça donne peut être l’impression qu’il grandit moins vite mais par rapport à certaines situations ce n’est pas si évident que ça.

Je trouve que le plus grand changement chez Laura a eu lieu en 4ème, je ne l’ai donc pas encore observé chez Noé.

UAALM : Ok tu verras peut-être des changements l’année prochaine alors !

MARIE : Oui en tout cas ça en prend le chemin !

UAALM : Qu’est-ce qui te fais dire que ça en prend le chemin ?

MARIE : Je trouve que cette année il a gagné énormément en contrôle de ses émotions, il n’y a plus de colère. S’il y a des crises de contrariété c’est très rapide et il arrive à se gérer tout seul alors que pendant longtemps c’était compliqué.

UAALM : Donc ça évolue dans le bon sens alors ?

MARIE : oui énormément

UAALM : Selon toi, qu’est-ce qui fait que ta relation avec tes ados, se passe bien ? quels sont à ton avis les ingrédients qui permettent ça ?

MARIE : Je crois que c’est parce qu’on prend du temps pour se parler. Soit de manière individuelle (moi avec chacun des enfants) soit tous les trois soit aussi eux ensemble. 

N’importe quel problème est débattu tous les trois. On essaye d’identifier quelle est la cause profonde qui a pu générer un conflit. On passe beaucoup de temps à décortiquer les choses. 

On a des moments un peu “hystériques” ici, souvent le vendredi soir quand tout le monde arrive. Tout le monde est fatigué ça à tendance à partir rapidement en cris, pleurs. Mais au final c’est un exutoir et ça remet souvent les choses à plat. 

Mais dans le quotidien ça se passe très bien avec parfois ces moments d’explosions. Maintenant avec les années ces moments s’arrêtent plus facilement et ils finissent par dire “mais en fait je suis fatigué”.

Dans notre fonctionnement à nous le fait de mettre les choses à plat nous permet d’avancer.

La situation ne reste pas bloquée longtemps.

UAALM : Quand vous allez chercher la cause, est-ce que vous allez chercher le besoin caché ?

MARIE : ça dépend. Des fois dans la semaine on peut être affecté par quelque chose et du coup ça nous travaille. J’ai souvent fonctionné comme ça avec Noé plus petit.

J’essayais de voir si, quand ça n’allait pas, il n’y avait pas autre chose derrière qui l’avait embêté dans la semaine. Et parfois il y a des petites choses qui sortent. 

UAALM : Comment êtes vous organisés pour la garde des enfants ?

MARIE :  Normalement c’est une semaine chacun mais comme je ne travaille pas le mercredi après-midi finalement tous les mardis soir ils sont avec moi de manière à passer tout le mercredi avec moi. Et en compensation tous les jeudis soirs ils sont chez leur père que ce soit ma semaine ou sa semaine.

Ce qui fait que lorsqu’ils passent une semaine chez un parent ils voient quand même l’autre parent un soir et un matin.

Ca leur convient comme ça à tous les deux.

UAALM : Quand les enfants sont avec toi la semaine, quels sont les moments où vous arrivez à parler ?

MARIE : Laura sort à 18h donc elle n’est pas là avant 18h30.

En général quand je rentre Noé est déjà là et on ne se parle pas forcément. Il a besoin de ce temps tout seul. 

Moi je me lance tout de suite dans la préparation des repas. Donc au début on ne se parle pas trop.

A table par contre on va se parler, et après le repas. 

Après il y a un temps où chacun est dans sa chambre. A ce moment là Laura a parfois besoin de parler, et, je ne devrais pas dire ça ! mais pour moi ce n’est plus le moment où j’ai envie de parler mais si il y a un problème je suis là.

Ca se déclenche toujours à des heures où on ne veut pas et ça m’arrive de leur dire que de 18h à 20h j’étais disponible qu’ils pouvaient me solliciter ! Mais non, s’il y a un problème ça viendra à l’heure où je suis la moins disponible pour écouter !

UAALM : Est-ce que tu vois d’autres ingrédients pour une bonne relation avec ses ados ?

MARIE : On partage pas mal de chose, on a des goûts en commun comme le cinéma, on se raconte les livres qu’on lit.

C’est une relation qui est peut être plus horizontale que dans d’autres familles parce qu’il n’y a pas d’autre adulte. Donc je vais leur raconter ma journée, ils vont me raconter la leur.

Ils ont leur vie intime avec leurs amis, et je ne m’en mêle absolument pas.

On a toujours beaucoup de goût en commun, on se parle de plein de choses, on a des références ensemble, on fait des jeux.

Donc on n’a pas que des dialogues du quotidien on a aussi des conversations sur un acteur de cinéma, la politique ça crée une relation plus riche.

UAALM : Y a-t-il eu des situations avec eux où tu t’es sentie plus en difficulté ?

MARIE : Après la séparation ça a été difficile de mettre en place cette relation. C’est à dire à la fois de conserver l’autorité du parent et en même temps avoir une relation de proximité assez forte.

Ce n’était pas facile de trouver le juste équilibre. C’était assez facile avec Laura mais ça a été plus compliqué avec Noé.

Entre la séparation et le moment où leur père est parti vivre ailleurs il s’est passé presque 1 an. Laura avait 7 ans ½ et Noé à peine 5 ans.

Il a fallu un certain temps pour que Noé reconnaisse mon autorité. Ça se passait bien mais il y avait des choses qui n’allaient pas comme je voulais et ça devait évoluer.

Aujourd’hui il n’y a plus de souci. C’est sûr qu’il ne se comporte pas avec moi comme avec son père mais le respect est là.

C’est vrai aussi qu’avec leur père nous avons décidé de faire en sorte que tout se passe bien pour les enfants. Donc à partir du moment où on fait ce choix tout se passe bien puisque c’est la volonté de départ. Les enfants le voient et du coup ça ne crée pas de difficultés supplémentaires.

UAALM : Au niveau de leur scolarité comment ça se passe ?

MARIE : Laura est en seconde dans une classe euro anglais donc c’est un peu plus élitiste. Ca veut dire qu’elle a une heure d’anglais en plus et un cours d’histoire en anglais. Ce sera comme ça jusqu’au BAC. Elle va partir tous les ans chez une correspondante, là elle revient de Suède, mais ce ne sera pas toujours dans le même pays. 

Laura a été autonome dès la 6ème, on n’a jamais eu besoin de s’occuper de ses devoirs parce qu’elle voulait s’occuper de tout ! Elle est comme ça pour tout.

On n’a jamais été des parents à suivre les devoirs dans le sens où on a toujours fait confiance à l’école. On n’a jamais mis de pression sur les devoirs.

Du coup, Laura s’est mise la pression à partir de la 4ème parce qu’elle souhaite passer le concours de médecine. Elle sait que c’est une filière exigeante donc elle a décidé tout de suite de se mettre dans cette exigence là.

UAALM : Est-ce qu’elle s’est mise la pression toute seule où est-ce qu’elle a été influencée par une copine ?

MARIE : C’est vrai qu’elle a une copine qui est dans la même démarche, je ne sais pas qui a influencé qui. Elles ont choisis des classes “sélectives” même si elles ne sont pas dans la même classe.

Et pour le moment, elles sont toutes les deux décidées à passer le concours de médecine.

UAALM : Et pour Noé?

MARIE : Ça n’a rien à voir !

Je pense que c’était quitte ou double c’est à dire soit il prenait l’exemple de sa sœur soit il prenait le contre pied.

Comme Laura parle beaucoup de ses notes, de ses cours et qu’elle sait sentie très bien au collège, on en a beaucoup entendu parlé.

Il a quand même choisi de suivre l’exemple de sa soeur, il a choisi latin en 5ème, il a commencé à regarder ses notes, ses moyennes. Il y a des matières dans lesquelles ça va très bien, d’autres où ça va moins bien mais pour l’instant il ne travaille pas du tout, il a une très bonne mémoire donc pour l’instant ça lui suffit.

On n’a pas encore vu le changement arrivé où il va se mettre à travailler !

Je trouve que la quantité de devoirs a commencé à changer à partir de la 4ème. En 6ème, 5ème chez nous ils n’ont quasiment pas de devoirs. Ils ont des leçons mais pas beaucoup d’exercices à la maison. Pour lui, plus vite ses devoirs sont faits, plus vite il est débarrassé et mieux c’est, parce que ça ne l’intéresse pas beaucoup.

Mais bon comme j’ai vu Laura changer en 4ème, je ne peux encore pas trop dire comment sera Noé parce que je le trouve quand même très sérieux malgré tout.

UAALM : Est-ce que tu regardes tout de même un peu les devoirs de Noé ?

MARIE : Jamais, sauf s’il me pose des questions. En maths il a plus de difficultés donc il viendra me solliciter. En plus il sait que j’adore les maths !

Il ne cherche pas longtemps, donc il vient me poser des questions.

UAALM : Et toi ça te convient comme ça ?

MARIE : oui moi ça me va parce que je leur ai toujours dit que c’était pour eux qu’ils devaient travailler.

Le travail scolaire c’est eux vis à vis d’eux.

Après chaque fois qu’ils viendront me demander de l’aide je serai là, mais je ne viendrai pas contrôler. 

Aujourd’hui j’aide plus Laura parce que le niveau d’attente est élevé.

Il y a des matières où je leur demande toujours où ils en sont et il y a des matières dont je n’entends jamais parler.

Ils ne me montrent jamais rien parce qu’ils ne ramènent pas leur cahier, ils ont des casiers et souvent les cahiers restent dans les casiers.

Et quand je dois signer une évaluation de Noé c’est à peine si j’ai le droit de regarder ! Il ne faudrait surtout pas que je fasse un commentaire sur la note ou sur la difficulté ! 

UAALM : Tu vois autre chose à ajouter ?

MARIE : Laura a quand même des difficultés en langues. Elle a choisi cette classe euro en sachant qu’elle avait des difficultés. C’était plutôt pour essayer de dépasser ses difficultés qu’elle a fait ce choix.

UAALM : C’est courageux ! 

Je voudrais aborder un autre sujet, comment gérez vous les téléphones portables ? Y a-t-il les mêmes règles chez toi et chez leur père ?

MARIE : Ils ont un téléphone depuis qu’ils ont 12 ans. Ce n’est pas géré de la même façon chez moi et chez leur père. Ils ont eu accès aux réseaux sociaux tout de suite, moi je n’ai pas vraiment été d’accord avec ça.

Donc il y a une partie du cadre que je définis et une partie que je subis.

Chez moi, le téléphone est autorisé jusqu’à 21h30 ensuite il doit être dans le salon. Dans la journée Noé a parfois besoin qu’on lui dise que c’est trop et ensuite il change d’activité. 

Il passe beaucoup de temps à dessiner donc c’est assez facile pour lui de poser son téléphone. 

UAALM : ils font quoi sur leur téléphone ?

MARIE : Noé regarde exclusivement des vidéos youtube sur des sujets qui l’intéresse comme les chars ou ce qui est lié à la guerre et les jeux vidéos même s’il ne joue pas beaucoup. Ils sont sur instagram.

Je ne contrôle pas ce qu’ils regardent. Ils m’en parlent, on a parlé au départ de ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire, des dangers potentiels.

Laura regarde aussi des vidéos, elle passe du temps sur les réseaux sociaux avec ses amis, elle est sur instagram.

Chez nous il n’y a pas de télé, pas de console, il y a juste un ordinateur pour regarder des films ou aller sur internet.

Chez leur père, il y a un PS4 mais les horaires sont très cadrés donc finalement ils n’y jouent pas énormément.

Laura a un ordinateur donné par le Lycée en 2nde.

Et puis si je les appelle pour quelque chose, ils viendront, ils ne sont pas absorbés au point que la vie autour n’existe pas.

UAALM : Au niveau de leur vie sociale comment ça se passe ?

MARIE : C’est très contrasté. Laura est très demandeuse. Souvent le mercredi elle demande à manger en ville avec son amie. On accueille souvent son amie à la maison. 

Noé ne rejoint jamais personne, ne va chez personne à part son meilleur ami de son ancienne école primaire avec qui il est resté proche. A chaque vacances scolaires ils essaient de se voir. Noé a plein d’autres amis au collège mais on ne les voit pas.

Autant Laura est une fille d’extérieure, toujours motivée par une sortie, autant Noé est un garçon d’intérieur c’est à dire qu’il n’a besoin de personne, il veut juste être dans sa chambre avec son dossier dessin. Il est bien comme ça.

UAALM : Aurais-tu une ou deux pistes pour les parents d’ados pour que ça se passe bien à la maison ?

MARIE : Je pense qu’il faut leur réserver du temps. Même s’ils n’utilisent pas ce temps.

Je trouve que ça demande plus de temps une ado de 15 ans qu’un enfant de 4 ans. En temps de présence pour moi c’est pareil. Déjà parce que quand ils ont des projets il faut les accompagner au niveau logistique et puis ce temps pour parler ou pour passer du temps ensemble. Donc c’est bien de ne pas prévoir trop de choses.

Après moi c’est peut être particulier parce que je ne les vois pas tout le temps non plus. En tout cas je prévois très peu de choses quand ils sont là pour être présente pour faire un gâteau, un jeu, regarder une série.

Si je remplissais mon emploi du temps avec plein de chose, je pense qu’on n’y arriverait pas.

Je fais des choses dans la maison mais je suis là. Je suis disponible s’ils m’appellent pour regarder un dessin, me demander quelque chose. 

Pour tout dire, je ne vois pas de changement brutal lié à l’adolescence.

Donc pour moi parler d’ado ce n’est pas forcément évident parce qu’ils ne sont pas différents avec moi que ce qu’ils étaient avant.

Ils ne me parlent pas moins, ils ne sont pas renfermés.

Je ne sais pas si c’est parce qu’ils sont trop jeunes ou si c’est parce qu’ils sont comme ça. Et je ne sais pas comment sont les autres.

Mais par rapport à ce que j’imaginais du monde des ados, on ne s’y retrouve pas du tout.

Et finalement on se parle encore plus parce qu’ils ont des questions, des révoltes, des avis sur plein de sujets. Donc le temps de discussion est vraiment important et conséquent en temps.

UAALM : Noé parle-t-il beaucoup aussi ?

MARIE : oui. En fait comme Laura part régulièrement, il nous arrive de passer des semaines entières tous les deux. Au moment des repas il a beaucoup de conversation sur un tas de sujet comme la sortie des derniers films, il pose des questions sur mon travail, mes collègues.

Ce qui est surprenant avec Noé c’est qu’il devient de plus en plus gai. C’est tout l’inverse de ce que j’imaginais du garçon adolescent ! Il est de plus en plus gai, extraverti, à parler, à faire des blagues, du coup il ne s’arrête jamais. 

L’image que j’avais du garçon adolescent c’était qu’il allait s’enfermer dans sa chambre et que je n’allait plus le voir. A 13 ou 14 ans on pourra refaire un point mais là il est toujours gai, il aime taquiner, embêter et du coup il est hyper présent. 

UAALM : C’est génial que l’évolution se fasse dans ce sens là !

Merci Marie pour ton partage et ton authenticité. Je te souhaite de continuer à vivre plein de bons moments avec tes ados.

Si vous voulez découvrir d’autres expériences de parents, je vous invite à lire les interviews de Maud, Catherine, Florence, et Estelle.

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Un commentaire

  • Sylvie

    Merci à vous 2 ! C’est un témoignage très positif sur les adolescents. J’ai moi aussi tendance à imaginer mon fils (même si j’ai encore un peu le temps) se renfermer, mais nos enfants sont tous différents, débarrassons-nous des clichés !

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